L'empreinte aquatique des villes: méthodologie et premières applications à l'Île-de-France

Auteur.e.s

P. Chatzimpiros et S. Barles

Université

Laboratoire Théorie des Mutations Urbaines, UMR CNRS 7136 AUS, Université de Paris 8

DOI
https://doi.org/10.26047/PIREN.rapp.ann.2007.vol42

L’empreinte aquatique d’une nation a été définie par Hoekstra et Hung (2002) comme le volume d’eau total nécessaire à la production des biens et des services consommés par les habitants de cette nation. Le concept ainsi défini est étroitement lié à celui d’eau virtuelle (Allan, 1998). En effet, les habitants d’un pays consomment non seulement des biens et services produits localement – donc de l’eau disponible dans ce pays –, mais aussi des biens et services importés – donc indirectement de l’eau dans les pays producteurs. A contrario, le pays étudié exporte une partie des biens et services qu’il produit, donc indirectement l’eau qui a permis leur production. L’eau virtuelle correspond à ces flux indirects d’eau nécessaires à la production des biens et des services importés ou exportés et les échanges économiques internationaux impliquent des flux d’eau virtuelle transportés à longues distances. L’empreinte aquatique d’un pays dans un système économique ouvert peut ainsi être estimée en considérant la consommation nationale d’eau, à laquelle sont additionnés les flux d’eau virtuelle entrant dans le pays et soustraits les flux d’eau virtuelle sortant du pays. Ceci signifie que l’empreinte aquatique comprend deux composantes distinctes, l’empreinte interne et l’empreinte externe au pays. Les flux d’eau virtuelle relatifs aux échanges de biens et de services s’élèvent à 1 625 Gm3 /an à l’échelle mondiale, alors que l’empreinte aquatique totale mondiale est estimée à 7 450 Gm3 /an (1 240 m3 /hab/an) (Chapagain et Hoekstra, 2004). Les différences d’un pays à l’autre sont importantes : l’empreinte totale moyenne des États-Uniens est de 2 480 m3 /hab/an contre 980 m3 /hab/an pour les Indiens (Chapagain et Hoekstra, 2004). Pour un pays donné, les quatre facteurs déterminants de l’empreinte aquatique sont en effet le volume de consommation (lié au produit national brut), le régime alimentaire, les conditions climatiques et les pratiques agricoles. L’objectif de ce travail est la détermination de l’empreinte aquatique contemporaine de l’agglomération parisienne et d’Île-de-France ainsi que la reconstitution historique de celle-ci. Dans les systèmes économiques préindustriels entretenant peu d’échanges commerciaux à longue distance, l’empreinte aquatique se limite au territoire de la collectivité et à son hinterland. De plus, le rapport de production et d’échanges de matières entre la ville et les milieux ruraux a longtemps été étroit et complémentaire dans les deux sens, avec pour conséquence la relative préservation de la qualité des eaux régionales. A contrario, le système économique actuel ouvert entraîne la globalisation des ressources aquatiques. L’approvisionnement alimentaire et matériel des Franciliens provient en partie de territoires très lointains, et se traduit par une empreinte aquatique externe au territoire. Ainsi, l’analyse de l’empreinte aquatique contemporaine et historique de l’Île-de-France permettra de considérer à la fois la solidarité intragénérationelle et l’évolution spatiotemporelle des impacts de l’agglomération parisienne sur la ressource en eau.

pchatzimpiros@univ-paris8.fr