La déclinaison territoriale des politiques biogéochimiques : Histoire, actualité et perspectives de la régulation territoriale de l’azote et du ...

Auteur.e.s

Étienne Dufour

Université

Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne

 

Encadrée par : Sabine Barles

Démarrée en : 2018

Soutenue en : mai 2025

 

Résumé :

Depuis le début de l’ère industrielle, les grands cycles naturels des éléments biogènes, en particulier ceux de l’azote et du phosphore, sont très largement perturbés. Cette perturbation est une expression de la « rupture métabolique » qui s’est établie entre la société industrielle et son environnement naturel. En particulier, certaines techniques agricoles et urbaines ne permettent plus le recyclage des éléments vitaux (carbone, azote, phosphore, potassium, etc.), engendrant leur dispersion et de nombreux dommages écologiques et sanitaires. À travers une approche historique et en mobilisant le cadre analytique du métabolisme urbain, cette thèse en Aménagement du territoire et Géographie étudie comment a été mis en place au cours du XXe siècle ce système socioécologique et sociotechnique particulier dans un territoire spécifique, celui de la région parisienne. Surtout, elle interroge les trajectoires singulières des « politiques biogéochimiques » circulaires, à savoir les systèmes sociotechniques d’utilisation agricole des matières organiques résiduelles (compostage des ordures, épandage agricole des eaux usées ou des matières de vidanges). En mettant à jour les mécanismes de leur disparition, elle cherche à révéler autant la contingence de celle-ci qu’à expliciter les choix politiques, implicites ou explicites, dont elle résulte. Ce faisant, cette thèse contribue à repérer et à dénaturaliser certains verrous qui empêchent de nos jours l’émergence de techniques de gestion écologique des nutriments et de la matière organique alors que s'accentue une certaine urgence environnementale et sociale. Entre autres résultats, ce travail démontre que, à l’ombre du modèle dominant linéarisant les cycles biogéochimiques, les techniques de recyclage se sont maintenues jusque tard dans le cœur et surtout les marges de l’agglomération urbaine. Il souligne le rôle singulier et particulièrement important de la Seconde Guerre mondiale dans ce maintien. Il illustre à la suite d’autres travaux que l’évolution technique est tout sauf linéaire. Il met à jour des facteurs décisifs qui conduisent ensuite à la marginalisation de ce recyclage (franchissement de seuils dans l’urbanisation dans la région, priorisation de la valorisation énergétique sur le recyclage matériel, verrouillage réglementaire, etc.). Enfin, il montre comment ces techniques circulaires ont pu, de façon paradoxale au cours de la seconde moitié du XXe siècle, conforter la croissance du régime dominant.